Dans son discours au MEDEF que j'ai longuement commenté dans mon billet précédent. Mais à un moment il parle de la nouvelle économie, un sujet dont je peux parler puisque je l'ai vécu.

Mais par moment on est étonné de ce à quoi on assiste. Quand il y avait la mode de la nouvelle économie, vous rencontriez des gens très intelligents. Enfin on pensait ! Car on ne comprenait pas ce qu'ils disaient. Ils disaient que la nouvelle économie il n'y avait plus de clients, il y avait pas de produits, pas de fabricants.. que le seul truc c'était de lever des fonds. Ca pour en lever ils en ont levé. Il fallait bien qu'il y ait des gens pour leur en prêter. Et à l'arrivée qu'est-ce qui est arrivé. Rien, la bulle spéculative, la destruction de richesse, la destruction de valeur. C'est quand même un problème. On n'a pas fait tout ce qu'on a fait pour prêter plus facilement au spéculateur qu'aux créateurs.

Très intéressant ce qu'il dit la.. Il amalgame les acteurs de la nouvelle économie à des spéculateurs. Au déla de la caricature de la nouvelle économie ("pas de clients", "pas de produits"), cela montre une belle incompréhension de fonctionnement de ce metier et une méconnaissance des faits.

Je reprends d'ailleurs une autre phrase dans son discours:

il faut balayer les idées reçues et le conformisme… nos blocages ils sont dans les têtes, ils sont dans les préjugés, dans les aprioris, dans le manque d'audace… la France n'est pas rétive au changement et à la modernité

Ce discours sur la nouvelle économie c'est tout sauf de l'audace, c'est beaucoup plus du préjugé et de l'apriori. La aussi il y a un blocage dans la tête.

Loin de moi l'idée de dire qu'il n'y a pas eu une bulle spéculative et pas de spéculateurs et profiteurs. Tout au contraire. 

Mais résumer la nouvelle économie à "rien", "destruction de valeur" cela montre une belle incompréhension.

Il faudrait peut-être qu'il relise les listings de la bourse:

  • Google: 160Mds
  • eBay: 46Mds
  • Amazon: 33Mds
  • Yahoo: 30Mds
  • Verisign: 8Mds
  • IAC: 8Mds
  • Akamai: 5Mds

En France nous avons des succès comme:

  • iBazar: leader français racheté par eBay 250M$ (c'est sur que moins 1% de la valeur actuelle c'est bien vendu)
  • Kelkoo: leader européen des comparateurs vendu à Yahoo 400M$
  • Iliad/Free: 4Mds en bourse
  • Neuf Cegetel: 6Mds en bourse
  • Meetic: 500M$

Je pense que les créateurs de ces entreprises apprécieront d'être qualifiés de "spéculateurs". 

Je pense qu'il y a une incompréhension du modèle de création dans la high tech. Le financement par VC est une sorte de ruée vers l'or. Beaucoup d'acteurs investissent beaucoup. Certains gagnent, beaucoup perdent. Le fait est que la valeur résiduelles des sociétés dépassent les montant totaux investis.

D'après ce rapport p43 on parle d'environ 5Mds investis en Capital Risque dans les années 1998-2001, dont 3Mds en 2000. Pour les USA, il s'agit de plus de 200Mds, dont 100Mds rien que pour l'année 2000. A cela il faut ajouter les levés de fonds en bourse. 

Donc je rigole doucement quand on parle de spéculateurs, avec nos 3Mds investis en 2000 par les VC par rapport au 100Mds investis aux USA.

Je crois que si notre président raisonne comme cela, il ne faut pas s'étonner de n'avoir qu'une seule société Internet de taille (et encore) significative (Free et Neuf étant des telco) en la personne de Meetic. 

Mais en fait je ne suis pas étonné. Nicolas Sarkozy milite pour la valeur "travail". Alors le business qui tombe du ciel très peu pour lui. Zéro à 160Mds$ en moins de 10 ans (Google, 25ème capitalisation mondiale) c'est forcement de la spéculation. On ne peut pas réussir aussi bien par le travail. 

Même avec celui qui bouscule les idées reçues, les blocages sont dans la tête.

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