Aug 04 2018

Le Logiciel Libre et l'Open-Source ont-il vraiment gagné ?

De temps en temps j'entend que le logiciel libre et l'open-source ont gagné.

S'il est vrai que l'Open-Source s'est fortement développé ces dernières années, c'est malheureusement l'arbre qui cache la forêt.

De nombreuses grande entreprises et aussi des startups utilisent et parfois partagent du code libre. Google a partagé Android, tandis qu'on voit Facebook et d'autres lancer des moteurs open-source de machine learning, tandis qu'IBM a participé à linux avec d'autres entreprises comme RedHat.

On voit que quasiment tous les services cloud sont maintenant construits sûr et avec des modules Open-Source.

Alors l'Open-Source a gagné ??? Pas si vite..

Un trend se dégage et l'on voit que si les couches basses sont libres, c'est beaucoup moins le cas des applications finales. Aujourd'hui des services comme Slack investissent des millions pour créer des services clouds sûr et avec de l'Open-Source mais surtout sans contribuer le code de leur service phare et en ne contribuant qu'à la marge par rappport à leur moyens. Quand les contributions sont plus importantes comme chez Google, cela reste faible d'un côté et surtout leur permet de pousser les systèmes publicitaires peu recommandables dans leur package gratuit tout en décourageant la création de forks (voir la décision européenne récente contre les pratiques anti-concurrentielles de Google avec Android).  

Quel est l'état réel du libre, et surtout de sa vision "politique" tendance FSFE, April ou Framasoft. Justement PYG de Framasoft a fait une présentation très intéressante (disponible en vidéo) aux RMLL 2018 de Strasbourg lors de laquelle un constat similaire est fait. PYG indique

 "ne sous-estimons pas la force des ennemis de notre modèle". Je ne pense pas que la volonté intrinsèque de tous les acteurs soit de combattre le modèle "libre", cependant les forces économiques et la vision "croissance, bénéfices, rentabilité", "startup nation" et "logiciel gratuit + publicité" n'augure rien de bon pour les modèles de partage en favorisant un modèle individualiste basé sur la propriété intellectuelle et la mise en dépendance des consommateurs ou clients envers des services cloud sont on ne contrôle rien. L'approche "startup-nation" accompagn ce mouvement, en "offrant" nos startups aux leaders américains qui se feront un plaisir de les racheter dés que les investisseurs voudront prendre leurs bénéfices. Notre pays, avec cette stratégie, sera au mieux un bassin d'emploi au service de la domination des GAFAMs, au pire dépouillé de ses talents au profit de modèles peu progressistes.

Il y a bien des aspects positifs, avec les services publics qui ont vu l'interêt de mutualiser les technologies par le logiciel libre, cependant la participation aux projets libres n'est pas toujours au rendez-vous (malgré le rapport Ayrault) et il n'est pas simple de faire emerger une industrie avec une financement uniquement basé sur le service. La société de "contribution" présenté par Framasoft a besoin de plus de soutien.

PYG indique dans sa présentation que collectivement les promoteurs du libre ont "merdé quelque part". Je suis d'accord sur ce point et en particulier je pense que les gué-guerres de chapelle "libre" / "open-source", "éditeurs" / "SSLL", ou licence XYZ ou ZYX n'aident pas dans un challenge difficile face à des acteurs ayant des moyens très importants. Il faut plus d'alliances (et ce mondialement) entre les acteurs plus ou moins engagés. Il est difficile de faire du libre. Chacun a ses propres problèmes à régler et ses factures à payer. 

PYG parle d'un manque de messages positifs et d'un message "anxiogène". C'est vrai qu'une partie de la vision du libre est de présenter comment les autres solutions vont mal tourner et mettre en exergue les problèmes posés par les GAFAMs. Les solutions proposées sont complexes et demandent beaucoup d'efforts. Les acteurs qui veulent proposer des solutions ont un chemin de croix difficile devant eux. 

Bien entendu, cet article lui-même présente une vision peu positive de la situation. C'est pourquoi je veux non seulement contribuer au débat en proposant des solutions mais aussi en montrant une vision positive.

Des retours d'experiences positifs

Oui, le libre a progressé et nous avons une masse de code sur lequel construire.

Oui, les services publics choisissent le libre et les entreprises libres pour faire leurs projets.

Oui, il est possible d'être une entreprise du libre ou un ingénieur travaillant pour ou autour du libre et de gagner très correctement sa vie. XWiki SAS en emploi depuis 14 ans et notre entreprise produit du logiciel libre la majorité de son temps et quand nous faisons des projets ou du support pour les clients nous permettons de financer le développement libre.

Oui, nous avons des soutiens, et régulièrement nous avons de l'aide et de la compréhension pour notre modèle.

Nous avons aussi démarré un crowd-funding pour CryptPad et petit à petit nous construisons un revenu pour pouvoir maintenir et développer le projet avec un autre financement que celui de projets de recherche.

En conclusion, si le libre n'a pas gagné, nous, acteurs du libre avons gagné notre droit de choisir notre modèle et notre voie. Ne culpabilisons pas ceux qui nous aident d'une façon ou d'une autre sous prétexte qu'ils ne sont pas "purs". Encourageons ceux qui le veulent bien et le peuvent à nous rejoindre et à en faire un peu plus. Donnons leur les clés pour cela. Et surtout célébrons chaque succès "like it was 1999".

Apportons aussi des arguments a nos pouvoirs publics afin que même s'ils veulent soutenir l'approche startup, ils soutiennent aussi les acteurs du libres. Je comprends que PYG et Framasoft choisissent de ne pas consacrer leur effort vers le politique car c'est forcément épuisant. Il y a aussi d'autres organisations comme l'April ou la Quadrature qui sont très actifs dans ce domaine et c'est important.

J'en profite pour féliciter Framasoft pour le financement du projet PeerTube et faire un peu de publicité pour nos projets XWiki et CryptPad. Soutenez le projet CryptPad sur OpenCollective !
 

Jul 06 2018

Aidez le projet libre CryptPad !

CryptPad - L'éditeur #ZeroKnowledge Libre a besoin d'aide

This article is a translation from the English post on the CryptPad blog.

Le 31 Octobre 2014, quand le projet CryptPad a été publié, il ne s'agissait d'un simple éditeur Wysiwyg et d'une page d'accueil moche. Depuis le projet a bien grandi avec le financement de XWiki SAS et du projet de recherche OpenPaaS::NG.

Aujourd'hui, une page va se tourner avec la fin du projet OpenPAAS:NG en Avril 2019. Nous avons candidé au concours d'innovation BPI afin d'avoir un financement supplémentaire mais cela n'a pas eu le succès espéré et pour continuer à l'améliorer le projet CryptPad va avoir besoin d'une nouvelle source de financement.

Jusqu'à maintenant, la grande majorité du code de CryptPad a été développé par XWiki SAS par les financement de recherche et avec le risque de ne pas trouver de financement de recherche, nous voulons publiquement expliquer nos intentions. Nous ne souhaitons pas avoir un financement de CryptPad qui soit incompatible avec l'esprit ouvert et le code libre de CryptPad. C'est pourquoi nous nous tournerons d'abord vers des financements de recherche, des souscriptions vendues sur cryptpad.fr et des donations. Nous voulons maintenir l'esprit communautaire de CryptPad.

  1. Nous continuerons à héberger le service https://cryptpad.fr/: nous voulons remercier tous ceux qui ont un compte payant. Avec ce revenu, pour l'instant de 1,5KEuros / an, le hosting de CryptPad est couvert et nous considérons le service CryptPad.fr une resource publique de valeur pour la communauté et celle-ci doit continuer à exister.
  2. XWiki SAS va continuer à financer l'équipe par le projet OpenPAAS jusqu'à la fin de ce projet: par la suite notre intention est de garder au moins 1 developeur actif sur le projet (un coût de 50,000€ par an) par d'autres financement ou un nouveau projet de recherche. Si nous ne pouvons pas trouver de projet, nous évaluerons la capacité de garder le projet actif en fonction des revenus de souscriptions et les donations.
  3. Nous allons rendre des finances de CryptPad publiques: nous allons rendre public l'argent que rentre et l'argent que nous dépensons pour CryptPad, incluant les souscriptions payées sur https://cryptpad.fr/ afin de permettre d'analyser comment le projet est financé, et vous convaincre qu'il est nécessaire et intéressant de nous financer. Pour ouvrir les informations sur notre budget nous avons créé une page OpenCollective. Vous pouvez faire des donations sur cette page.

Comme les souscriptions et donations sont pour l'instant trop faible pour couvrir le financement d'un développeur (le minimum), ni 2 développeurs (l'équipe actuelle) et encore moins 3 ou 4 personnes (ce qui permettrait une réalisation plus rapide de la roadmap), nous avons besoin de votre aide pour faire grandir ce revenu avant Avril 2019 afin de montrer que le projet peut être financé sans projet de recherche. Tout financement reçu d'ici Avril 2019 servira à financer les développements après Avril 2019.

Ce qui nous voudrions faire

Jusqu'à maintenant nous n'avons pas été parfaitement transparent sur notre roadmap. Nous avons un document "tech tree" qui montre de façon simple les fonctionnalités que nous voudrions réaliser et les technologies nécessaires pour avoir des fonctionnalités.

A moyen terme, nous voudrions faire évoluer CryptPad vers une plateforme générique avec la possibilité d'installer des applications, ayant un système de droits vérifiés cryptographiquements, et une fédération avec messagerie PGP-compatible permettant d'échanger des liens, pads et des mises-à-jour de pads entre serveurs.

  • Applications Installables: Il n'y a des points communs importants entre les applications Wysiwyg, Code, Slide ou Kanban board. Chacune de ces applications est constuite au dessus de la même infrastructure de document sécurisé de CryptPad. Pour autant il reste difficile d'en créer une nouvelle sans modifier quelques lignes dans le coeur de CryptPad. Nous voulons changer cela pour qu'une nouvelle applications puisse être installée sans changer le reste du code.
  • Contrôle d'accès vérifiés Cryptographiquement: initiallement CryptPad a un système de contrôle d'accès très simple. Celui qui a l'URL a accès. Nous avons ajouté la possibilité de publier un pad en mode 'lecture-seule' et d'ajouter un mot de passe à un pad, mois nous n'avons pas encore la possibilité de limiter l'accès d'un pad à un groupe et encore plus important de revoker un accès obtenu. Généralemeht les contrôles d'accès sont une fonctionnalité simple, car le serveur est un serveur de "confiance". C'est plus compliqué dans une architecture ZeroKnowledge et cela doit être réalisé cryptographiquement, et encore plus dans un système de fédération de serveurs.
  • Federation et Messagerie: une faiblesse de CryptPad est le partage de pads. Aujourd'hui il y a 150 instances de CryptPad installés et nous voulons permettre aux utilisateurs de ces instances de se partager les pads et de s'envoyer des messages. Comme nous avons déjà un chiffrement côté client, nous pouvons l'étendre pour supporter le protocole PGP pour le partage de pads et des messages.

Fondamentalement, notre objectif a toujours été de promouvoir l'architecture ZeroKnowledge comme une alternative à l'hégémonie Google Docs/Office 365 sur le cloud. Cependant ceci n'est pas une tâche que nous pouvons réaliser seuls et nous avons besoin de votre aide pour réaliser cet objectif.

Comment aider CryptPad

Vous pouvez aider CryptPad de plusieurs façons. Si vous êtes un programmeur vous pouvez participer au développement. Si vous êtes philantropiste ou une organisation utilisatrice ou que vous croyez en ce type de logiciel, vous pouver financer notre roadmap ou financer des fonctionnalités particulières. Tous vous pouvez utiliser CryptPad , le faire connaître et montrer qu'il est possible d'éditer des documents collaborativements sans les données à l'administrateur du serveur.

  • Contributer: En tant que programmeur qui utilise CryptPad, vous pouvez aider à le rendre meilleur. Nous comptons être actif pour gérer les pull requests sur le code. Venez sur notre chat #IRC et #Matrix pour discuter avec nous.
  • Payer une souscription: Chaque souscription aux offres payantes contribue un peu d'argent pour le développement et sera reinvestis pour rendre CryptPad meilleur et plus complet. Chaque souscription nous permet de croire plus au project et a sa viabilité financière. Voir les souscriptions.
  • Sponsoriser une fonctionnalité: Il s'agit d'une des meilleurs façon d'assurer que CryptPad s'améliorera parce que vous pouvez aider le projet tout en participant à sa direction.
  • Acheter du support: Si vous avez installé une instance de CryptPad dans une organization ou une entreprise, vous pouvez souscire un support pour votre installation et aussi participer au financement du développement du projet.
  • Faire une donation: Si vous ne savez pas quoi sponsoriser et que vous n'avez pas besoin d'une souscription ou si vous voulez sponsoriser plus que le montant d'une soucription, vous pouvez faire une donation. Même si ce n'est pas beaucoup d'argent, chaque donation nous permet de prouver que le projet compte pour notre communauté. Faire une donation
  • Faite nous participer à un projet de recherche: Si vous êtes une organization qui monte des projets de recherche financés ou que vous avez de l'experience pour les financements Européens, tout particulièrement pour un projet orienté sécurité, faites nous participer. Ceci nous permettra de financer le projet.
  • Communiquer: Plus CryptPad est utilisé et connu, plus nous pourront convaincre de la valeur du projet pour d'autre partenaires. C'est aussi une preuve de l'interêt que le projet a pour notre communauté.

Tweetez sur CryptPad      Suivez @cryptpad

Pour ouvrir les informations sur notre budget nous avons créé une page OpenCollective. Vous pouvez faire des donations sur cette page.

Venez échanger avec nous

Nous sommes sur Mastodon, sur Twitter et nous avons un chat CryptPad sur IRC / Matrix. Venez discuter avec vous sur le projet et sur comment nous aider.

Si vous êtes un professionel de la technologie, avez un interêt pour ce projet et de l'experience dans le domaine de la recherche, nous cherchons aussi à embaucher un/une leader business et recherche pour nous aider à trouver les bons financement pour le projet et aussi guider le futur fonctionnel et économique du projet.

Jul 01 2018

Comment financer le logiciel libre ? un vrai sujet

Comment financer le logiciel libre ? un vrai sujet !

Ces derniers temps, de plus en plus d'articles traitent du problème de financement des logiciels libres, opposant parfois open-source et libre.

Je suis content que ce sujet se fasse une place dans les conférences, comme ce dernier week-end lors de Passage en Seine 2018 ou plusieurs personnes ont traité ce sujet de façons différentes. Par ailleurs on peut citer les articles de Calimaq et aussi de TechCrunch ainsi que le travail de Sebastien dans le cadre du projet de recherche "encommuns".

Je suis content que ce sujet soit plus traité aujourd'hui, car c'est un sujet qui m'intéresse depuis maintenant 14 ans que je gère XWiki SAS. En effet, XWiki SAS paye des développeurs de logiciel libre tout en essayant de garder un mode éthique de livraison de nos logiciels (en ayant une communauté ouverte et en n'ayant pas de parties propriétaires). Depuis 14 ans, nous sommes confrontés au phénomène de "free-riders", à la difficulté d'embaucher au prix du marché, à la difficulté de faire des bonnes marges sur le revenu de services face aux sociétés de services qui ne contribuent pas aux logiciels libres qu'elles utilisent. Depuis 14 ans aussi nous profitons des avantages du logiciel libre, des contributions, du marketing de notre communauté, du support d'acteurs qui comprennent bien notre modèle, de l'argent de projets de recherche. J'ai fait de multiples conférences parlant de notre expérience sur ce sujet.

Je voudrais porter l'attention sur ces différentes présentations et rapport récents et apporter quelques commentaires sur le sujet:

Ces articles traitent du problème de financement des logiciels libres, avec une éventuelle opposition aux logiciels "Open-Source" financés par les grands acteurs capitalistiques (GAFAM en particulier). Ils parlent ensuite des free-riders: entreprises et organisations utilisatrices de logiciels libres, sociétés de services qui les utilisent pour leurs clients, services clouds qui basent leur business sur du libre, ou individus qui utilisent sans participer au développement de ces logiciels.

La conférence de Atosh, provocatrice, montre le développeur "open-source" comme exploité pour son travail gratuit. Il prend en exemple les tweets de Fabien Potencier, créateur de Symfony, un logiciel libre emblématique du monde PHP:

fabpot.png

A noter que dans les réponses aux tweets, @fabpot reconnait que la comparaison est trop extrême, en particulier face à la situation de réels esclaves dans le monde. 

Lors de cette conférence, Atosh pose un problème sérieux: celui des free-riders et de la façon dont ceux-ci conçoivent le travail des développeurs de logiciels libres. Les ingénieurs qui arrivent sur le marché aujourd'hui utilisent l'open-source et le logiciel libre naturellement, sans avoir conscience du modèle de fonctionnement du libre et du travail des participants au mouvement. En quelque sorte le libre est victime de son propre succès. En voulant démocratiser et montrer le libre au monde, nous avons appuyé sur la gratuité et c'est ce qui a été retenu par la majorité des utilisateurs.

Cependant je ne peux pas être 100% d'accord avec @fabpot. J'espère qu'il parle des développeurs du libre en général et pas de lui, car il fait quand même partie des privilégiés de l'open-source, et il le mérite pleinement: son logiciel Symfony est un succès massif. Ce succès a contribué au succès de SensioLabs et de SensioGrey (revendu en 2017 à WPP). Je ne connais pas les détails et peut-être que ce n'est pas magique, mais le chiffre d'affaires de ces sociétés semble confortable (plus que celui d'XWiki). Il me semble un peu exagéré de poser tous les développeurs open-source en victimes, alors qu'ils sont libres de leur choix et sont loin d'être maltraités dans pas mal de cas, d'autant plus qu'ils sont très recherchés sur le marché. Par contre il est vrai que pour certains types de logiciels et pour certains modes opératoires du logiciel libre, il peut en effet s'avérer difficile de trouver le financement associé.

Je pense que le problème qui est mis en lumière ici n'est pas spécifique au libre, car il existe en réalité pour toute personne qui fait un effort pour participer à la société, comme les bénévoles des ONGs en tout genre, écologie, pauvreté, mais aussi les employés qui acceptent parfois des salaires plus bas pour faire un métier qui participe à la société (éducation, pompiers, chercheurs, services publics, etc..).

Il s'agit d'un côté de la relation entre les acteurs d'un monde marchand, tourné vers les business, qui ne se pose pas toujours beaucoup de questions et prend ce qu'il y a à prendre, et de l'autre côté des acteurs qui se posent des questions et souhaitent contribuer à la société.

Le développeur open-source fait partie de ceux-là, qu'il soit bénévole, dans une entreprise du libre comme SensioLabs ou XWiki, ou qu'il travaille pour les GAFAMs. Quelque part il contribue un peu plus à la société qu'un développeur du monde propriétaire, mais il n'est pas le seul. 

Un point qui serait intéressant est d'ailleurs de communiquer plus pour encourager les développeurs et entreprises du monde marchand à contribuer d'une façon ou d'une autre aux logiciels libres qu'ils utilisent au jour le jour pour leurs employeurs et leurs clients.

Sur le sujet de la relation marchand / non marchand @fabpot a fait lors d'une conférence des remarques intéressantes:

fabpotoss.png

En effet il y a un modèle d'open-source d'entreprise commerciale "Open Source de droite". Il y a aussi un modèle de contributeurs individuels "Open Source de gauche". Cependant je pense qu'il y a aussi des modèles intermédiaires avec des entreprises socialement responsables qui veulent équilibre valeurs et création de valeur. On pourrait appeler cela "l'Open Source du centre".

Chez XWiki SAS, par exemple, nous n'avons pas pris d'investisseurs afin de ne pas avoir cette pression de rentabilité face à nos valeurs et nous souhaitons contribuer notre code en logiciel libre tout en étant capable de payer des salaires corrects à nos employés.

En final la question est de savoir comment on peut financer le logiciel libre autrement que part l'investissement capitalistique ou une part minime du revenu d'une grande entreprise commerciale.

Que pouvons nous donc faire face au problème du financement du libre ? En effet c'est un réel problème. Comme indiqué dans l'article mentionnant "les communs du capital", le monde capitalistique a vu un interêt au logiciel open-source. En final on se rend compte que ces dernières années de plus en plus de contributions au libre viennent des entreprises commerciales. D'autres entreprises commerciales, en particulier Cloud, utilisent les contributions aussi bien des entreprises mais aussi des contributeurs indépendants, et ce sans contribuer en retour ou alors marginalement. Nous avons alors plusieurs façons de voir les choses: nous pouvons voir le verre à moitié plein (plus de code libre) ou voir le verre à moitié vide (la dépendances aux entreprises commerciales et les free-riders). 

Les articles de Calimaq et de Sébastien Broca sont très intéressant car ils soulèvent une contradiction possible chez les libristes qui veulent à la fois un code très libre mais aussi ne pas introduire d'impossibilité pour le monde capitalistique d'utiliser le code libre. Cela pose effectivement une question intéressante. Si le monde du capital peut largement utiliser le code libre, mais le monde du code libre ne peut pas utiliser le code propriétaire, n'y a-t-il pas un risque que le libre ne soit qu'un satellite de la production propriétaire ? Alors l'embélie que nous voyons avec la grande quantité de code open-source produit, n'est dû qu'au succès démesuré du monde du Cloud. A l'opposé, la vision parfois proposée par les libristes est un modèle de fonctionnement à base de volontaires sans entreprises avec un système de donation. Au jour d'aujourd'hui on ne voit que quelques succès dans le système de donation pour le code libre et on risque de voir un fonctionnement uniquement à base de bénévolat.

Calimaq et Sébastien Broca présentent la solution de CoopCycle qui propose une licence à réciprocité. C'est du libre mais avec des contraintes de fonctionner de façon similaire. Le problème est que ce type de licence ne répond pas forcement aux critères d'une licence libre car elle introduit une discrimination. Je vois aussi un autre problème: en restreignant la diffusion d'un logiciel libre, quelque soient les raisons, on pose aussi le problème de son succès, surtout dans la phase de lancement.

Une autre approche est de communiquer beaucoup plus fortement sur le modèle du libre et le besoin de participer ou reverser. C'est pour cela que je fais de plus en plus de conférences sur ce sujet et que nous faisons des efforts pour expliquer le modèle du libre à nos clients. Nous appuyons maintenant de façon systématique sur l'importance du contrat de support, sur la durée de nos contrats et surtout nous appliquons un sur-prix de 50% pour nos services si le client n'a pas de contrat de support. Ceci s'avère plutôt efficace et a l'interêt d'engager la discussion sur le financement de notre logiciel. Aux RMLL2018 le 8 Juillet, je ferais une conférence sur les Recettes et Astuces pour financer du logiciel libre qui explique les méthodes que nous avons appliquées.

Dans l'article de TechCrunch est mise en avant l'initiative OpenCollective que je trouve très intéressante, avec une approche de transparence des finances d'un collectif de production de communs. Pour autant cette approche est de la donation et il reste à prouver la capacité de la donation à apporter des financements significatifs et suffisant pour la production de logiciels libres.

Ces sujets sont très intéressants et les communautés du libre vont devoir les résoudre afin de pouvoir produire des alternatives au modèle des GAFAM. Je doute fortement qu'il sera possible de faire des alternatives viables si l'on n'est pas capable d'apporter une rémunération correcte aux développeurs qui devront produire et maintenir ces solutions. 

Du côté d'XWiki, nous nous posons aussi ces questions. Pour le logiciel XWiki nous avons trouvé un premier modèle qui fonctionne, avec le service et le support et nous arrivons à financer un logiciel plus pour entreprises que pour particuliers. Cependant nous trouvons notre modèle trop lié au service et il est difficile de grandir sur ce modèle. Nous essayons pour cela de nouvelles solutions, comme le support qui représente une part significative de nos revenus, comme notre offre Cloud qui émerge, ou comme livrer des applications payantes tout en les laissant open-source. Nous appliquons ici de façon plus stricte la séparation libre et gratuit.

Pour le logiciel CryptPad, la problématique est justement encore plus importante. Nous avons un financement de recherche qui se termine en 2019 et nous avons un logiciel qui laisse peu de place au service. Il s'adresse aux individus (par son service cloud https://cryptpad.fr) comme aux entreprises qui pourront aussi l'utiliser. Comme le logiciel a une innovation significative (la fusion de données avec chiffrement bout en bout), nous avons décidé d'avoir une licence plus dure, afin de restreindre la reprise du code par les projets non-libres. C'est un début de réciprocité. Mais la question se pose surtout de savoir comment payer les développeurs. Nous avons 2 personnes à plein temps sur le projet, soit un budget entre 50k et 100k par an (en tenant compte du Crédit Impôt Recherche). Nous avons ouvert un mode payant de notre service cloud (qui rapporte environ 1keuros annuellement pour l'instant), mais rien n'empêche nos utilisateurs d'installer leurs propres instances. Le logiciel CryptPad à l'ambition de proposer une alternative aux Google Docs/DropBox/Trello en mode chiffré, ce qui est une tache énorme quand on mesure la R&D pour réaliser toutes les fonctions nécessaires. Nous nous intéressons ainsi au modèle de crowdfunding et de OpenCollective. Récement Framasoft vient de faire une campagne pour PeerTube (33k collectés), et même si c'est prometteur cela reste faible au vu de la notorité de Framasoft et du salaire d'un ingénieur qualifié. Nous nous posons fortement la question sur le bon modèle. D'un côté nous pouvons aller plus vers les individus et le crowdfunding, de l'autre nous pourrions aller plus vers l'entreprise ou la monétisation par le cloud. En tout cas ce que nous ne voulons pas c'est aller vers le financement capitalistique qui puisse remettre en cause le modèle libre. Si vous avez des idées n'hésitez pas !

D'ailleurs, à ce sujet nous cherchons un "lead" business pour CryptPad et aussi pour notre équipe recherche afin de justement trouver le moyen de financer CryptPad et ensuite de l'améliorer pour nos utilisateurs. Pour en savoir plus, suivez notre conférence CryptPad au RMML2018 à Strasbourg le 8 Juillet.

Feb 15 2017

Open Source Software Vendor without raising Capital

I realized, we did not publish these slides and videos from a talk last year telling the "XWiki story" and how we grew from 0 to 2 MEuros revenues without raising money from VCs. I hope this talk can give some advice to entrepreneurs who would like to build up their own company without "selling it" before it even started. ...

Supercharge your collaboration with an Open Source Wiki

At FOSDEM 2017 I had the talk "Supercharge your collaboration with an Open Source Wiki and stop using closed source like Atlassian Confluence". Here are the slides and the video of this talk. ...

Feb 10 2017

XWiki @ FOSDEM

XWiki SAS has published an article on our participation to FOSDEM on the XWiki Blog.

Feb 08 2017

#REZIST

Suite à cet article de mediapart montrant en exemple la résistance de la rue en Roumanie (mais aussi en Islande ou au Bresil), indiquant qu'en France l'indignation ne suffit plus face aux affaires (Cahuzac, Sarkozy, Fillon, Balkany), j'ai décidé de changer ma photo de profil en réutilisant le #rezist utilisé en Roumanie. Ceci me permet au passage de faire un hommage à mes amis en Roumanie qui sont allés dans la rue pour défendre leurs idées. ...

Oct 25 2016

Les contrats Open-Bar bloquent le développement des PMEs françaises du logiciel

L'émission Cash Investigation du 18 Octobre a traité le sujet du contrat OpenBar de Microsoft avec le Ministère de la Défense, denoncé depuis des années par l'April.

Je suis heureux de voir cette émission, car XWiki, éditeur de logiciel libre de partage d'informations, se trouve confronté à ce type de contrats (pas seulement par Microsoft) qui nous bloquent régulièrement et nous empèche d'accéder à des marchés (publics et privés). Qui plus est quand on regarde de plus près, on voit que cela se fait au détriment de la concurrence, au détriment du client qui fini par payer plus cher la solution "Open Bar", et au détriment des utilisateurs des logiciels qui ont un moins bon service.

Si l'émission Cash Investigation a traité les contrats Open Bar sur l'aspect du prix et sur l'aspect de la sécurité informatique, elle n'a pas mentionnée:

- la distorsion de concurrence, en particulier vis à vis d'acteurs locaux et PMEs;
- l'insatisfaction d'utilisateurs face aux solutions imposées;
- le fait que cela existe aussi dans les entreprises et pas seulement au Ministère de la Défense et dans les services publics;
- l'effet "bundle" qui permet à Microsoft de pousser des nouveaux produits, de leur créer une base installée, sans mise en concurrence.

J'en profite donc pour relater mon experience et ma vision des contrats Open Bar qui empêche l'entrée de solutions concurrentes et en particulier Françaises (libres et non libres) aussi bien dans des entreprises publiques et dans les entreprises privées.

Qu'est-ce qu'un contrat Open-Bar

Un contrat Open Bar est un contrat négocié à prix fixe pour une période données (3 ans le plus souvent), permettant l'usage d'un ensemble de logiciels d'un fournisseur (Microsoft dans l'émission Cash Investigation) de façon illimitée. Dans le cas de Microsoft, cela veut dire, potentiellement beaucoup de logiciels, dont certains ou les entreprises concurrentes peuvent être des PMEs, françaises ou européennes par exemple.

Comme ça, ça à l'air sympa ! Open-Bar ! Mais comme pour l'Open-bar en soirée, le reveil est plus dur.

Quel est le piège de l'Open-Bar

Le piège est très simple. Au bout des 3 ans on fait les comptes. On regarde l'usage effectif, on fait une belle feuille de calcul (avec Excel puisqu'il est "gratuit"), on multiplie par les prix publics et on présente la note pour les 3 ans à venir, forcement largement plus chère que le contrat précédent. Mais comme le fournisseur est sympa il fait une petite réduction. Bien sûr on n'est pas obligé de signer, puisqu'il suffit de désinstaller tous les logiciels qui ont été installés pendant les 3 ans. Ah ben non, bien sûr, cela ne va pas être possible, on ne peut pas déinstaller des logiciels qui sont utilisés au jour le jour. Bon bien merci pour la réduction. On va renouveler comme ça, mais n'oubliez pas de nous inviter à la conférence à Las Vegas, ou encore mieux à la finale de l'EURO 2016.

Combien ça coûte un contrat Open-Bar

L'émission de Cash investigation à indiqué, dans le cas du contrat du Ministère de la Défense, le chiffre de 80MEuros pour le premier contrat de trois ans, et de 120MEuros pour le second contrat, soit 50% d'augmentation entre les deux contrats. C'est bien sûr la que ça coince. Le client est clairement en position de faiblesse, incapable ni de négocier réellement, ni de sortir du contrat. Le piège s'est refermé. Bien sûr on va se rassurer sur le fait qu'un seul fournisseur pour tous les logiciels, c'est plus simple et on espère qu'on fait des économies d'échelle et de gestion. Enfin on espère. Mais c'est sans compter sur les effets de bords de ces contrats, qui sont ceux qui concernent les PMEs concurrentes mais aussi les utilisateurs.

La distorsion de concurrence

C'est la, qu'une société comme XWiki, mais aussi des centaines d'éditeurs logiciels rien qu'en France, sont concernés par les contrats Open-Bar. Ceux-ci bloquent la concurrence et les effets sont désastreux aussi bien pour les concurrents que pour les clients eux-mêmes.

1/ Un département de l'entreprise à un besoin et regarde les solutions possibles.
2/ Il sélectionne quelques entreprises qui ont une solution qui semble bien adaptée.
3/ Il évalue le prix des solutions et la solution qui serait livrée en final.
4/ Il en parle à son département IT, qui lui indique qu'un logiciel Microsoft pourrait faire l'affaire, et celle-ci est "gratuite" (puisqu'Open-Bar).
5/ L'analyse montre que la solution est loin d'être idéale et pourrait avoir des coûts non-négligeables de services, plus importants que les services nécéssaires pour les solutions concurrentes.
6/ Le prix global des fournisseurs exterieurs (incluant prix du logiciel ou support pour les logiciel Open-Source), reste quand même plus cher, du fait de la "gratuité" supposée du logiciel "Open-Bar".
7/ De plus jamais le prix des logiciels "Open-Bar" ne seront directement facturés au services les utilisants, étant inclus dans un budget de fonctionnement global réparti au pro-rata des employés.
8/ Par contre le prix des logiciels et support concurrents sont directement supportés par le département utilisateur, si celui-ci souhaite réellement s'engager pour utiliser un "logiciel non-standard".
9/ Le département IT insiste fortement pour utiliser la solution "standard" entreprise malgré ses déficiences.
10/ Le client choisit la solution Open-Bar malgré le fait que cela ne répond pas aussi bien aux besoins et que les services sont plus chers.
11/ Au renouvellement du contrat Open-Bar, l'usage du logiciel est pris en compte, le tarif du logiciel peut être largement plus cher que les solutions concurrentes, même avec les discounts.
12/ Le prix global du projet peut être multipliés par 2, 3 voir 5 en final (le prix de la licence n'est pas négociée face à une solution concurrente)
13/ l'utilisateur final n'est pas satisfait car le logiciel n'était pas le meilleur, générant potentiellement d'autres sur-coûts.
13/ Tout cela c'est passé sans mise en concurrence sur le projet particulier dans le cas d'une entreprise publique.
14/ Les entreprises concurrentes et françaises en particulier n'ont pas eu le contrat, bloquant l'emergence de solutions concurrentes, renforcant la domination de l'acteur existant.

Ce cas est un cas presque "idéal" ou une solution concurrente a été un temps envisagée, mais la grande majorité des cas sera de ne même pas regarder les solutions concurrentes et de prendre dans le "pack", puisque c'est "gratuit".

Ce scénario, nous l'avons déjà vécu chez XWiki, alors que nous avions des utilisateurs finaux qui souhaitaient notre solution.

Que faut-il faire ?

Tout d'abord les entreprises doivent faire beaucoup plus attention à ces contrats qui sont faussement avantageux. Lors du choix d'une solution pour un projet, il ne doivent pas considérer dans leur analyse que le logiciel "Open-Bar" est "gratuit" et effectivement prendre en compte le coût futur.

Du côté marché public, si remettre en cause juridiquement cette pratique n'est pas possible (ce que je ne sais pas), les acheteurs doivent effectivement être vigilants car effectivement ils ne sont pas gagnants en final.

De façon générale il doit aussi y avoir une prise de conscience vis à vis des acteurs locaux et comprendre qu'acheter une pack complets de logiciel d'un coup pose un problème évident de concurrence et n'est pas dans l'interêt des clients à long terme. Ceux-ci doivent privilegier les standards et l'interopérabilité permettant d'utiliser des logiciels d'acteurs différents qui fonctionnent bien ensemble. Une stratégie long terme doit être mise en oeuvre afin de créer les conditions d'un marché concurrentiel. 

Et bien sûr comme la Gendarmerie, dont le cas à été montré dans le reportage, les entreprises peuvent se diriger vers les logiciels libres qui sont une solution, cependant sans oublier de contribuer au financement ou au développement des ces logiciels, comme je l'ai déjà évoqué dans d'autres contextes:

http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2013/10/22/cercle_82665.htm
http://linuxfr.org/news/vivre-du-logiciel-libre-ludovic-dubost-nous-parle-de-sa-societe-xwiki-sas

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Jan 07 2016

Pourquoi je soutiens la campagne d'Emmanuel Macron ?

Cet article est aussi publié sur medium.

J’ai plutôt tendance à être discret sur mes opinions politiques même si elle peuvent sûrement être vues dans certains de mes tweets et quelques articles de blog, et aussi si je n’ai pas caché une certaine aversion pour le comportement et le discours de Nicolas Sarkozy, ayant naturellement voté pour François Hollande, pour autant sans énorme enthousiasme:

Les anciens présidents

Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy représente pour moi le summum de l’ego-centrisme politique, qui m’hérisse le poil à chaque fois que le vois apparaître, et son copinage avec les riches et les stars ne laisse pas de doute sur ses priorités. Sur le plan économique, si son quinquennat a été pendant la crise des sub-prime, cela n’enlève en rien son rôle sur l’explosion de la dette tout en ayant peu d’effets positifs sur la majorité des français y compris les plus démunis.

Hollande et les valeurs progressistes

Du côté de François Hollande, face à Nicolas Sarkozy, j’étais convaincu qu’il serait moins antagonisant pour la société Française et que son programme de centre-gauche nettement moins pire qu’une vision de droite conservatrice au service des riches, la vision populiste et nationaliste de l’extreme droite, et les risques d’un programme de gauche forte de nous voir déconnecté de la réalité de la compétition fiscale et économique internationale. Par ailleurs j’espérais que les valeurs de gauche seraient la au niveau de la société civile et de la sécurité.

C’est d’ailleurs sur les valeurs de gauche que j’ai été le plus déçu. Le quinquennat a bien commencé avec le “Mariage pour Tous”, qui est une avancée progressiste malheureusement combattue trop fortement par certains par un triste aveuglement ancré dans des valeurs d’un autre temps. Il est d’ailleurs inquiétant de voir un candidat majeur François Fillon être soutenu par “Sens Commun”, l’association issue du mouvement contre la loi “Mariage pour Tous”. Cependant après cela et la politique sécuritaire suite aux attentats est pour loin des valeurs de gauche. En lieu et place de courage politique, en expliquant aux Français que renoncer à nos valeurs de liberté est le meilleur moyen de faire gagner les terroristes, le gouvernement a régulièrement voté et présenté des textes portant atteinte à nos libertés fondamentales, à commencer par l’Etat d’Urgence décrété le 13 Novembre 2015 et toujours en place (voté jusqu’au 15 Juillet 2017) et en passant par le projet de déchéance de nationalité aussi scandaleux qu’inutile. Tant que ces mécanismes sont en place dans une démocratie fonctionnant bien, certains sont efficaces mais d’autres mécanismes sont sans effet, et tous mettent en danger notre démocratie en cas d’arrivée au pouvoir d’un président ou parti non respectueux des institutions de notre pays. Pour parler geek, le parlement à lui même installé un “rootkit” ! Croisons les doigts.

Hollande et l’économie

Sur le plan économique mon sentiment est qu’on a eu un programme de centre droit gestionnaire peu ambitieux. Peut-être n’était-il pas possible de faire mieux dans le contexte international, mais justement ce qui me déçoit le plus est la communication. Pour moi un président de Gauche peut faire ce type de politique économique si c’est ce qui permet le meilleur résultat pour la majorité de nos concitoyens y compris les plus démunis, mais s’il ne peut pas aller plus loin il doit l’expliquer et prendre position internationalement sur ce qui empêche d’aller plus loin.

Personnellement je suis convaincu que ce n’est pas qu’en France qu’il faut militer pour un monde plus juste mais aussi dans les autres pays. Il faut aussi expliquer que si nous sommes en concurrence avec des pays plus pauvres que nous, ceux-ci ont aussi le droit et le besoin de gagner des parts de marchés. C’est aussi en expliquant que la solidarité est un besoin mondial et non uniquement national, que nous pourrons faire comprendre la nécessité pour les très riches et aussi les cadres supérieurs de payer les impôts permettant la solidarité avec les plus démunis d’entre nous ne pouvant pas être compétitif au SMIC avec un travailleur chinois ou roumain, mais pour autant ayant besoin d’un salaire décent pour vivre en France. C’est aussi en expliquant un peu plus haut et fort, que si le système fiscal international permet aux entreprises les plus riches de la planète (suivez mon regard vers la petite Pomme) d’échapper à l’impôt aussi facilement nous allons vers un monde ou la seule façon d’avoir du succès sera d’être le libérateur fiscal du voisin, ce qui forcement ne va pas coller pour tout le monde. La France doit rester un pays compétitif et attirant pour tous (riches et pauvres), mais la France doit aussi montrer la voie.

La proportionelle

Par ailleurs, les deux derniers Présidents ont tous les deux douchés un de mes espoirs pour la politique en France, qui est de voir revenir la proportionnelle (pour 50% du parlement). Ils avaient tous les deux promis une part de proportionnelle en 2007 et 2012, et discrètement ont abandonné la mesure. Sarkozy ayant même fait très fort, en re-promettant en 2012 ce qu’il avait promis en 2007. Je vais revenir sur pourquoi je trouve important le retour de la proportionnelle et ce avec l’entrée au parlement massive du Front National bien que ce parti est bien évidement à l’opposé de mes idées et valeurs.

Emmanuel Macron

Comment je me suis documenté

Aujourd’hui, j’ai décidé de changer cela et de soutenir activement la campagne d’Emmanuel Macron pour la campagne présidentielle.

Comme tout le monde, j’ai entendu parlé de Macron par la télévision et la presse, comme un personnage plaisant aux médias, clairement “bankable”, et je m’étais fait une idée superficielle de sa candidature: je le voyais dans la ligne du gouvernement actuel, ambitieux pressé d’arriver au pouvoir. Je n’avais pas regardé son discours de plus près. J’avais juste entendu dire que sa conviction et méthode de médiation semblait très efficace. Assez occupé cette année (comme d’habitude) par XWiki, je n’avais pas trop le temps et je nourrissais assez peu d’espoir pour cette présidentielle.

En Novembre, en discutant de la primaire de droite, un ami (Yves) me faisait regarder une interview video d’Emmanuel Macron et le discours m’a d’emblée attiré. J’ai donc décidé de creuser un peu et de me documenter sur l’homme, le mouvement, la démarche et les idées. J’ai acheté son livre dans une petite librairie un Dimanche et regardé des vidéos en ligne: 3h de questions/réponses sur Mediapart et la France qui subit à Strasbourg.

Quel candidat ? Quelles idées ?

Et là je dois dire que j’ai découvert un candidat différent de ce que j’imaginais initialement. La première chose que j’ai vu dans les vidéos c’est qu’Emmanuel Macron a quelque chose de plus. J’ai été surpris par l’étendue des sujets qu’il maitrise, par la technicité de ses réponses, et j’ai trouvé qu’il semblait patient pour expliquer et re-expliquer (ce qui me semble primordial pour le futur) et qu’il faisait cela sans arrogance. J’ai ressenti dans son discours une maitrise des sujets économiques, et une lucidité sur la situation, et une place importante portée à la situation des français démunis. Bien sûr, on lui reproche d’avoir travaillé dans une banque d’affaires, peut-être est-il téléguidé pour planter la gauche. Quoiqu’il en soit en moins de 6 mois le mouvement “En Marche” a réussi à rallier un grand nombre de partisans.

Le clivage droite-gauche

Sur le point le plus important: les idées, l’aspect qui m’intéresse tout particulièrement chez Emmanuel Macron est la volonté de casser le clivage droite-gauche.

Personnellement je ne me suis jamais reconnu dans ce clivage. Si vouloir la liberté d’entreprendre et la concurrence au lieu de corporatismes est de droite alors je suis de droite. Si vouloir que les employeurs payent des charges et les individus des impôts et en particulier importants quand ils sont riches est être de gauche, alors je suis de gauche. Si être contre la mariage pour tous est de droite, alors clairement je ne suis pas de droite. Si vouloir maintenir des administration publiques inutiles et inefficaces est de gauche, alors je ne suis pas de gauche. Si croire qu’imposer des règles à toute les entreprises au moindre abus d’une grande entreprise est être de gauche, alors je ne suis pas de gauche. Si avoir de la solidarité avec les migrants est être de gauche, alors je suis de gauche. Si penser que l’égalité des chances est déjà là et qu’il suffit de bosser pour réussir quelque soit son origine sociale, c’est être de droite, alors je ne suis pas de droite. Si penser que la liberté d’entreprendre est une opportunité pour tous c’est être de droite, alors je dois être de droite. Si penser que le capitalisme ne marche pas comme il faut c’est être de gauche alors je suis de gauche. Si penser que les marchés ne devraient pas exister est de gauche alors je ne suis pas de gauche !

La proportionnelle

Dans ses propositions, Macron parle de remettre une part de proportionnelle, ce qui est un point que je trouve particulièrement important. En effet pour moi c’est le système actuel, maintenu par peur du Front National, qui sclérose notre système politique. Avec le système majoritaire, nous avons deux partis qui n’évoluent pas et qui contrôlent tout. Toute politique qui tente de sortir de ce clivage est marginalisée. Seule l’élection présidentielle permet de “tenter” un coup mais si ensuite on refuse la main tendue par le leader d’un des deux partis dominant, le résultat est immédiat: plus de députés, plus de financement. Bayrou en a fait l’experience avec presque 20% à la présidentielle, il n’a eu que 2 députés au parlement et son parti a implosé. Bien sûr on va expliquer que la France sous la 4ème république est ingouvernable et on continue à attendre un homme providentiel qui ne peut pas venir et surtout qui sera un jeune de 55 ans qui aura gravi les échelons d’un des partis dominant. L’absence de renouvellement, c’est la place aux arrangements politiques et aux copinages, aux Balkany qui sont encore membre des Républicains et élus alors qu’il y a suffisamment d’éléments pour les exclure préventivement.

L’arrivée du Front National en force aux élections, du fait de la perte de crédibilité des partis dominants bloqués dans ce système, aggrave encore la situation. L’élection 2017 va se jouer au 1er Tour et non au second, symbole ultime de l’absurdité du système de vote (je pourrais vous faire un article complet sur les Votes de Condorcet dont la mention majoritaire utilisée par la Primaire Citoyenne, initiative très intéressante mais n’ayant à mon sens pas assez rassemblée). Les Primaires sont dans ce contexte encore plus absurdes envoyant dans le cas de la Primaire de droite un candidat fortement à droite. Pour la primaire de gauche il reste à savoir si les militants vont faire un choix sur les idées (en envoyant un candidat fortement à gauche) ou sur la tactiques politique (avec un candidat plus au centre). Dans un cas comme dans l’autre la question du premier tour sera tactique et les Français ne pourrons pas choisir leur meilleur candidat mais devront voter utile en fonction de sondages. Si Macron est élu, pourra-t-il ou voudra-t-il tenir cette promesse d’introduire une part de proportionnelle, on ne le sait pas, mais quoiqu’il en soit le diagnostic fait par lui sur ce sujet rejoint mon opinion.

La technologie

Par ailleurs, entrepreneur dans la Technologie, je suis convaincu que la technologie est une opportunité immense pour l’humanité et pour tout le monde, mais en même temps combiné au système capitaliste régulé par les règles actuelles, elle risque très fortement, au mieux de profiter massivement aux plus riches en laissant les autres là où ils sont, ou au pire de faire imploser le système. La Démocratie, L’Economie de marché et l’Innovation ont apporté au cours du 20ème siècle des progrès immenses permettant d’améliorer la vie de beaucoup d’humains, certains en profitant plus que d’autres tandis que certains sont restés au bord de l’autoroute (si elle existe dans leur pays), y compris en France. Il n’est pas plus acceptable de continuer à laisser autant d’humains en France ou ailleurs au bord de la route du progrès, que de voir notre système démocratique partager aussi in-équitablement les richesses créées. C’est d’autant plus inacceptable que beaucoup d’indicateurs montrent que la situation empire et donc que les choses ne vont pas dans le bon sens. L’élection de Trump aux USA et la montée des populismes ailleurs, est un signe du mur vers lequel nous allons.

C’est aussi cette vision qui m’amène à préférer développer XWiki en Open Source car cela rend accessible notre logiciel à tous et laisse quelque chose partagé, au delà des emplois technologiques que nous créons.

De mon point de vue la technologie va bouleverser un monde significativement inégalitaire. Refuser les innovations et ne pas adapter notre économie à l’innovation n’est pas une solution. Laisser tout faire en n’ayant pas en tête les bouleversements possibles n’est pas une solution non plus. Il faut faire en sorte que la technologie soit au service des humains et non pas au service de l’enrichissement de quelques-uns. Ce problème est un problème de gauche, mais dont la solution demande une compréhension forte de l’économie, des marchés, de la technologie, de l’international. La solution n’est ni de droite ni de gauche.

De l’intelligence

C’est là que je trouve la candidature de Macron intéressante, car il va falloir beaucoup d’intelligence et de technicité pour avancer dans ce monde, et il faudra aussi beaucoup d’éducation pour expliquer et présenter la vision à long terme. Macron propose une vision progressiste et libérale, poussant la valeur “travail”, tout en portant une attention importante à la solidarité et au modèle social Français. Son discours est pragmatique cherchant la meilleure solution avec une analyse technique des solutions possibles. C’est un candidat qui parle aussi d’Europe, ce qui malheureusement manque beaucoup.

Des critiques ?

Bien sûr il y a des critiques venues de gauche ou de droite, “énarque”, “candidat des banques” pour la Gauche dure, à la fois “in-experimenté” et “responsable du programme de Hollande” pour la Droite, “arrogant et ignorant de la vie des Français” pour Martine Aubry. Bien sûr c’est quelqu’un qui a réussi, dans le privé comme dans le public, venu de la Province, rentré à l’ENA, passé par une Banque d’Affaires pendant 2 ans, mais ayant longuement aussi travaillé pour l’Etat. A mon sens on devrait plutôt se féliciter qu’il revienne au service du pays. Être riche ne veut pas dire qu’on n’est pas soucieux des problèmes du monde. Regardons par exemple les actions et paroles de Bill Gates aujourd’hui plutôt que le PDG de Microsoft d’hier. Le plus important en final est la sincérité et les actes. Aujourd’hui je pense que si en France l’Economie peut être mise au service de tous, c’est le seul candidat que je vois capable de le faire. Si il faut convaincre nos partenaires d’avancer ensemble pour un monde plus juste, je le vois capable de le faire.

Forcement Emmanuel Macron n’est pas parfait et on va lui trouver des casseroles plus ou moins bien ficelées. C’est le jeu de la politique. Cependant l’objectif est de choisir le meilleur candidat pour la présidentielle qui porte les changements les plus importants. Pour moi casser le clivage droite-gauche est un de ces changements.

Est-ce qu’il peut gagner ?

En 2017, il faudra choisir, et moi je choisis et soutiens Emmanuel Macron. Je le fais maintenant car demain il sera trop tard. Le choix qu’Emmanuel Macron a fait de jouer en dehors des partis est un choix audacieux et risqué. Aux USA, Trump a pris le parti Républicain pour être élu. En France, Macron aurait pu tenter de prendre le parti socialiste, mais cela aurait été à la fois difficile avec un système de primaire favorisant un candidat fort dans le parti plutôt qu’un candidat qui pourrait rassembler, et incohérent avec sa vision des partis. Maintenant en dehors des partis, avec le FN avec des intentions de votes importantes, un candidat PS, plusieurs candidats d’extreme Gauche, un candidate à droite, un François Bayrou qui n’a pas annoncé sa position, le vote est compliqué. Il faudra atteindre 25% pour passer au second tour. Mais c’est faisable, les sondages le montrent, et si le mouvement En Marche peut continuer à rassembler et le projet d’Emmanuel Macron être expliqué, il peut passer devant Fillon ou encore mieux Marine Le Pen.

Pourquoi soutenir Macron ?

Je vous invite à lire et écouter le programme de Macron et celui des autres candidats de droite comme de gauche.

Amis de droite, convaincus que le marché est libre et juste, il nous faut un Président qui à la fois comprenne l’économie et puisse avoir conscience des inégalités dans notre pays, pas un Président poussé par son parti pour servir uniquement les acteurs économiques et en particulier les plus riches.

Amis de gauche, convaincus que le libéralisme est un gros mot, il y a plus de points communs entre les valeurs de gauche progressistes et la liberté d’entreprendre qu’entre les valeurs de gauche et les règles immobilistes. Le libéralisme, s’il n’est pas “ultra”, peut réduire le chômage et s’il est accompagné de solidarité pour ceux qui n’y arrivent pas ou pour les bas salaires, être plus efficace que le système actuel générateur de chômage.

Electeurs déçus de tout, vous ne risquez pas tant que ça en essayant quelque chose de nouveau. Si Emmanuel Macron n’est pas au rendez-vous cela sera uniquement une déception de plus, mais au moins nous aurons essayé. Et peut-être que la domination des partis pourra être cassée au passage et permettre à la politique d’évoluer.

Pourquoi donner pour la campagne ?

Pendant les congés de Noël, Sunny Paris, un collègue entrepreneur, a écrit un article sur son soutien financier à la campagne d’Emmanuel Macron. Il y liste avec tout un tas de bonnes raisons avec lesquelles je suis en accord. Son article m’a encouragé à passer d’un soutien passif à un soutien public, et peut-être à un soutien actif si le temps le permet. J’ai donné pour la campagne car c’est important. Hors des partis majoritaires, mener une campagne demande de lever des fonds avant tout. Sans moyens, il est difficile d’être visible, surtout si certains dépassent les plafonds de dépenses de campagne.

Ludovic Dubost
Entrepreneur Open-Source

 

Nov 25 2014

Propositions concernant les logiciels libres, l'open access, l'open-data, les ressources pédagogiques libres, l'économie collaborative

Propositions dans les sections non spécifiques aux modèles ouverts

Sections spécifiques aux modèles ouverts

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Created by Ludovic Dubost on 2005/01/28 16:50